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L’analyse chimique comme dématérialisation

On a coutume de comparer et confronter analyse et synthèse comme deux versants jumeaux, ou comme des activités complémentaires. La première est plus ancienne assurément. La synthèse admet comme moments forts de sa fondation, tout d’abord la mise à mal du vitalisme lorsque Wöhler synthétise l’urée en 1828, puis les grandes synthèses de Marcelin Berthelot dans la seconde moitié du XIXe siècle, celle de l’acétylène en particulier.
Ce qui précède, au sujet de l’analyse comme procès de dématérialisation laisserait attendre, en contraste, la synthèse comme l’indispensable rematérialisation: ce qui est vrai, dans une approche naïve et superficielle. Chacune des étapes de la synthèse multi-stades d’une substance naturelle complexe, quinine, strychnine ou taxol, se traduit par l’obtention d’une certaine quantité d’un intermédiaire qu’on pèse et qu’on fiche, au moyen de ses données d’analyse spectrale, tout comme un nouveau-né.
Mais la réalité de la démarche synthétique est autre. C’est un processus algorithmique, un enchaînement logique (lui aussi assisté par ordinateur) dans lequel des radicaux sont additionnés graduellement à la structure en cours d’élaboration. Dans la synthèse, tout comme dans l’analyse, des idéalités priment sur une matérialité. Et cette dernière ne s’exprime qu’au moment du bilan, lorsqu’on établit le rendement de chacune des étapes.
Mais on se récrira, à la lecture de ces lignes: n’y a-t-il aucun retour à la réalité, à cette matière protéiforme, tantôt granuleuse, tantôt fluide, aux aspects si incroyablement et imprévisiblement changeants, que les chimistes contiennent et observent dans la verrerie de laboratoire?
On peut donner une réponse affirmative, et elle est intéressante. L’objet moléculaire, représentation de la molécule sous forme de boules colorées (atomes) et de tiges (liaisons entre atomes), ce modèle moléculaire qu’il tient entre ses mains, ou qu’il scrute sur l’écran de l’ordinateur, sert de matériel de substitution au chimiste d’aujourd’hui. L’objet moléculaire s’apparente de la sorte à l’objet transitionnel, qui occupe une place centrale dans la théorie psychanalytique de D.W. Winnicott.
On est tenté aussi de chercher la rematérialisation, dont notre esprit dans sa quête d’harmonie voudrait se satisfaire, dans l’industrie chimique, puisque la science chimique des laboratoires universitaires semble l’avoir larguée. Las, bien que l’industrie chimique reste l’un des hauts lieux de l’empirisme, le visiteur d’une usine est vite découragé: il ne voit, en fait de matière, que de la matière première très banale ou du produit fini, emballé.
Entre les deux, s’interposent de la grosse chaudronnerie (les “casseroles”, comme on dénomme affectueusement les réacteurs), des canalisations d’où fuse ici et là de la vapeur d’eau, contrôlées les unes et les autres d’un pupitre, environné de nombreux cadrans où s’affichent températures, pressions, viscosités, et autres paramètres en différents points du dispositif: à la matière s’est substituée une hydrographie complexe, suivie et régie par ordinateur.

Nous concluerons donc que la chimie n’est science de la matière que de manière très formelle, seulement. Elle est bien davantage une science de l’esprit, une combinatoire, tout comme la musique, combinatoire elle aussi, transcende l’acoustique et s’installe à demeure dans la sphère de l’intellect.

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Published inPhilosophy of Chemistry